MOTS AGGLUTINÉS
De nombreux mots de la langue française, comme « pourboire », « maintenant » ou « gendarme », sont formés par agglutination (ou univerbation). Ils sont composés de deux ou plusieurs mots distincts qui, avec le temps, ont fini par ne faire qu’un. Parfois, ils ont conservé l’apostrophe, comme dans « presqu’île » ou « aujourd’hui ». Nous sommes tellement habitués à voir et à prononcer ces mots d’un seul bloc que nous pourrions en oublier leur sens premier. En voici quelques-uns, classés par ordre alphabétique.
ADIEU
« Adieu » revient à recommander la personne que l’on quitte « à Dieu ». À noter que dans le sud-ouest de la France et en Suisse, « adieu » est parfois utilisé à la place de « bonjour ».
ALAISE
Le mot « alaise », qui désigne la protection en tissu imperméable que l’on place sur le matelas pour le protéger, n’a rien à voir avec l’expression « à l’aise ». Il est formé à partir de l’article « la » et du nom « laize » (ou « laise »), qui signifie « largeur » (du latin latus). À noter qu’il existe une variante orthographique de ce nom : « alèse ».
ALENTOUR
Alentour, adverbe signifiant « aux environs », est issu de l'agglutination de la locution « à l'entour », au sens évident.
AUJOURD’HUI
Mot composé adverbial, formé à partir de l'article contracté « au », du nom « jour », de la préposition élidée « de » et de l'ancien adverbe « hui », signifiant « ce jour » (du latin classique hodie, contraction de hoc die, « en ce jour »). Littéralement, « aujourd’hui » signifie « au jour de ce jour ». Ce mot composé est donc un pléonasme. Est-il bien nécessaire d’en rajouter une couche en employant « au jour d’aujourd’hui », comme on l’entend trop souvent dans les médias ?
AUTREFOIS
Adverbe de temps composé de « autre » et de « fois » ayant pris le sens de anciennement, jadis, au temps passé.
AVENIR
Apparu au XIVe siècle, ce nom est composé de « à » et de « venir », en sous-entendant temps : temps à venir.
BIENTÔT et TANTÔT
Bientôt est un adverbe de temps composé de « bien » et de « tôt » signifiant « dans peu de temps ». L’adverbe « tantôt », formé sur le même modèle, peut le remplacer, mais possède également d’autres sens : tout à l’heure, cet après-midi ou parfois.
BONHEUR et MALHEUR
Bonheur et malheur sont formés à partir de l’ancien français « heur », qui signifie « chance ». Ce mot vieilli ne subsiste que dans la formule « avoir l’heur de plaire à quelqu’un ». En ajoutant « bon » ou « mal » à « heur », l’ancien français a évoqué une fatalité heureuse ou, au contraire, un triste coup du sort !
BONHOMME
Tantôt simple et naïf, tantôt remarquable par sa valeur intellectuelle mais envers qui on affecte une certaine familiarité, quand il n’est pas relégué au rang d’homme quelconque, le « bonhomme » n’est pas forcément un « homme bon ».
Attention : au pluriel, les deux mots qui composent le « bonhomme » prennent le s : on parlera des « bonshommes » !
BONJOUR
Jusqu’au XIIIe siècle, bonjour s’écrivait en deux mots et signifiait « jour favorable, temps heureux ». Par la suite, « bon » et « jour » se sont soudés en une formule de salutation. Pensez-y la prochaine fois que vous le lancerez à quelqu’un : c’est plus que de la politesse, c’est de la bienveillance. En fait, en saluant quelqu’un ainsi, vous lui souhaitez tout simplement de passer un « bon jour » ! Même idée en ce qui concerne son pendant, « bonsoir ».
CHANDAIL
Le mot « chandail » désigne un tricot que l’on enfile par la tête et qui s’arrête aux hanches. Le mot, pas si vieux car attesté au XIXe siècle, est en réalité une abréviation populaire de « marchand d’ail ». Il désignait les maraîchers bretons qui vendaient leur ail aux Halles de Paris et qui portaient en hiver de gros tricots à manches longues pour se protéger du froid. Devenu « chandail » par métonymie, il a finalement désigné le tricot lui-même.
DINDE
Au XVIe siècle, pour nommer cette volaille domestique originaire du Nouveau Monde (appelé « les Indes occidentales »), on disait un « coq d’Inde » pour le mâle, une « poule d’Inde » pour la femelle, et des « poulets d’Inde » pour leurs petits. Par la suite, ces mots sont devenus familiers et, certainement pour gagner du temps, on a supprimé coq, poule et poulet, tout en agglutinant la préposition « d’ » au nom « Inde », ce qui a donné « dinde ». Plus tard, sur le mot « dinde » ont été formés « dindon » et son diminutif « dindonneau ».
DUPE
Dans l’esprit populaire, l’oiseau nommé « huppe » passait pour être niais et stupide, peut-être parce qu’il se laissait facilement attraper par des leurres. Toujours est-il qu’on a transposé le nom de l’oiseau à une personne que l’on trompe sans qu’elle en ait le moindre soupçon. La formule « de huppe », utilisée principalement dans l’Ouest de la France dans certaines expressions, s’est agglutinée en « d’huppe », puis en « duppe », et enfin en « dupe » pour désigner une personne facile à tromper. À noter que si l’adjectif « dupe », identique au masculin et au féminin, est le plus couramment utilisé, le nom « dupe » est, lui, toujours féminin, même pour désigner un homme.
ENFIN
Formé de « en » et « fin », comme on le devine, cet adverbe est utilisé de différentes manières. Il peut signifier « après un certain temps », « en résumé », « en conclusion » ou encore « après tout », avec une touche de résignation.
ENTRACTE
Mot composé formé à partir de la préposition « entre » et du nom « acte », il désigne l’intervalle qui, dans la représentation d’une pièce de théâtre, sépare un acte d’un autre. L’ancienne forme « entr’acte », avec l’apostrophe, est encore utilisée mais tend à disparaître.
ENTROUVERT
Mot composé adjectival formé à partir de la préposition élidée « entre » et de l'adjectif « ouvert ». Comme pour « entr’acte », la forme « entr’ouvert », avec l’apostrophe, tend à disparaître.
GENDARME
Le mot « gendarme », attesté au XVe siècle, est une contraction de l’ancienne locution « gens d’armes » qui désignait autrefois les soldats. Plus précisément, il s’agissait, au Moyen Âge, d’hommes d’armes à cheval qui avaient sous leurs ordres un certain nombre de cavaliers. Il s’est ensuite spécialisé pour désigner un membre d’un corps militaire spécialement chargé de maintenir la sécurité et la tranquillité publique.
GENTILHOMME
Le gentilhomme n’est pas plus « gentil » qu’un autre. En ancien français, l’adjectif « gentil », dérivé du latin gens (race, tribu, nation, famille) signifie « noble ». Dès le Moyen Âge, un gentilhomme est donc un homme de naissance noble. Ce n’est que plus tard que le terme désignera un homme qui, sans être noble de naissance, a des sentiments ou des manières nobles. Comme « bonhomme », le pluriel conserve le s sur les deux mots d’origine : des gentilshommes.
JARNICOTON
Henri IV, devenu roi de France, jurait fort souvent et son juron favori, Jarnidieu ! (= je renie Dieu), sonnait assez mal dans la bouche d’un roi très chrétien. Son confesseur, le prêtre Coton, lui dit un jour : « Sire, puisqu’il est si difficile à Votre Majesté de s’abstenir de tout juron, je la supplie de renier le nom d’un humble prêtre comme moi, plutôt que celui du Créateur ». Le roi le promit, trouvant l’idée plaisante, et dès lors ne jura plus que par « Jarnicoton » !
LENDEMAIN
Le mot lendemain vient de « l’endemain » (en + demain). Ainsi, chaque fois que l’on dit ou que l’on écrit « le lendemain », on répète sans le savoir l’article défini « le » !
LEQUEL
Sans surprise, le pronom relatif « lequel » est formé à partir de l'article « le » et du pronom « quel ». Idem pour ses congénères « laquelle » et « lesquelles ».
LIERRE
Au Moyen Âge, le nom latin hedera, désignant cette plante rampante ou grimpante, est devenu en français « edre », « ierre » puis « hyerre ». C’est par agglutination de l’article élidé, que « l’ierre » ou « l’hyerre » sont devenus « lierre ». Tout naturellement, on a par la suite replacé l’article défini « le » devant ce nom.
LILLE
En ancien français, « Lille » s’écrivait « L’isle ». C’est cette graphie qui est attestée dans les archives dès le XIe siècle. Or, « isle » est l’ancienne graphie de « île ». Pourtant, Lille n’est pas une île ! Enfin presque, puisqu’autrefois, le territoire que la ville occupait à cette époque était entouré de zones très humides et marécageuses. Comme quoi !
LORIENT
Comme Lille, Lorient est le fruit d’une agglutination de l’article élidé « l’ » et du nom « orient ». C’est un navire, construit en 1669 dans les chantiers de la Compagnie française des Indes orientales, baptisé le « Soleil d’Orient », qui a donné son nom à la ville. Le chantier où le navire fut construit finit par prendre le nom du bateau sous la forme abrégée « L’Orient ». La ville qui se développa autour du chantier prit le nom de Lorient dès l’année suivante.
LORSQUE
Conjonction de subordination formée à partir de l'adverbe « lors » et de la conjonction « que ». À noter qu’initialement, le s ne se prononçait pas.
LURETTE
On emploie l’expression familière « il y a belle lurette » pour désigner le temps passé, généralement un temps assez éloigné. Le mot « lurette » est une déformation du vieux français « heurette », lui-même diminutif du mot « heure ». L’expression, qui à l’origine évoquait donc une durée d’un heure, a évolué sémantiquement pour indiquer une durée plus longue, voire très longue.
MAINTENANT
Il faut remonter au XIIe siècle pour découvrir que « maintenant » est issu du latin « manutenendo », signifiant « main tenant ». Concrètement, ce mot veut dire littéralement « pendant que l’on tient quelque chose dans sa main ». Il a pris ensuite la dimension sémantique de « à l’instant présent », « sur-le-champ ». « désormais » ou encore « néanmoins ». C’est un exemple de mot ayant connu une évolution phonétique et sémantique avant de devenir un adverbe de temps très utilisé dans notre vocabulaire. D’autres mots agglutinés sont formés à partir du mot « main » : mainmise, mainlevée et mainmorte.
MALENTENDU
Ce mot vient évidemment de « mal » et « entendu » (dans le sens de « compris »).
MONSIEUR et MADAME
Monsieur est l’agglutination de « mon » et de « sieur », variante de « seigneur », du latin senior (aîné, plus âgé). Il ne s’adresse donc pas à n’importe qui !
Madame a la même origine, sachant qu’autrefois le terme « dame », issu du latin domina (maîtresse de maison), désignait une femme de haute naissance.
À la différence de la plupart des mots agglutinés, Monsieur et Madame ont conservé le pluriel des deux mots qui les composent : Messieurs et Mesdames.
MOYENÂGEUX
Cet adjectif qualificatif, formé à partir du nom de la période historique du Moyen Âge, est apparu au XIXe siècle. Par hyperbole, cet adjectif a fini par devenir péjoratif, avec le sens de vieillot, arriéré ou relevant de pratiques qui rappellent le pire du Moyen Âge.
NAGUÈRE
On emploie à tort cet adverbe comme synonyme d’autrefois ou de jadis. En effet, si l’on se penche sur l’étymologie de ce mot, on se rend compte qu’il s’agit d’une contraction de la phrase « il n’y a guère (de temps) ». « Naguère » signifie donc littéralement « il y a peu de temps » ou « il n’y a pas longtemps ». Étrangement, c’est l’inverse qui est resté dans les usages
NOMBRIL
C’est sur le mot « ombilic », du latin umbilicus (désignant justement… le nombril), que l’ancien français a formé le mot « ombril ». À force de dire « un ombril » en faisant la liaison, on a fini par conformer la graphie à la prononciation en écrivant : « un nombril ».
POURBOIRE
Évidemment formé à partir de « pour » et de « boire », ce mot désignait à l’origine la gratification qui permettait à la personne qui la recevait de se payer à boire.
POURCENTAGE
Nom commun apparu au XIXe siècle formé à partir de la préposition « pour », de l'adjectif numéral cardinal « cent » et du suffixe « age ».
PRESQU’ÎLE
Nom formé à partir de l'adverbe élidé « presque » et du nom « île ». De fait, il désigne une terre qui n’est reliée au continent que par une mince bande de terre, appelée isthme.
NB : l'orthographe « presqu'ile » est également correcte depuis les rectifications orthographiques de 1990.
PRUD’HOMME
De l’ancien français « prodome », composé de « preux », de « d’ » et de « homme ». Au Moyen Âge, le prud’homme avait tout du parfait chevalier : homme vaillant et valeureux. En se professionnalisant, il a troqué la vaillance contre la sagesse.
QUELQU’UN
Pronom formé à partir de l'adjectif élidé « quelque » et de l'indéfini « un ». Il perd l'apostrophe au pluriel pour prendre un trait d'union (quelques-uns, quelques-unes).
SITÔT et AUSSITÔT
Attention à sitôt (si + tôt) ! Les deux formes – en un seul mot ou en deux mots – se sont maintenues et se distinguent par leur sens : « si tôt » est le contraire de « si tard » tandis que « sitôt » peut être remplacé par « aussitôt » (aussi + tôt).
TANTE
On trouve à l’origine de ce nom le latin amita, lequel a donné « ante » en français. Le « t » initial de « tante » provient vraisemblablement d’une liaison, celle de « grand’ante », qui se prononçait « grantante ». Le t sonore de « grant » a fini par se retrouver à la tête de « ante », pour donner tante. Le célèbre lexicographe du XIXe siècle, Émile Littré, ne se montra pas tendre avec la formation de ce mot, qu’il qualifia de « monstruosité linguistique » ! Pourtant, plus personne ne s’en émeut aujourd’hui…
VINAIGRE
Le mot « vinaigre », apparu au Moyen Âge vers 1200, est bien formé à partir du nom « vin » et de l’adjectif « aigre », puisqu’il désigne un vin aigri par la production spontanée de l’acide acétique.